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À Genève, l’IA innove d’abord dans le médical

Diagnostic préventif, analyse des radios, triage des patients aux urgences: peu de domaines sont aussi affectés par l’intelligence artificielle que la médecine. À Genève, l’innovation en IA se fait beaucoup sur ces thématiques, avec des entreprises locales comme Medimaps ou ABCDx. Et ce, malgré des contraintes réglementaires importantes et une concurrence américaine débridée.

«Didier, tu peux entamer la danse de la joie.» Dans son bureau de la zone industrielle de Plan-les-Ouates, Didier Hans, cofondateur et CEO du groupe Medimaps, se souvient clairement de ce moment de bascule. Depuis l’Université du Manitoba au Canada, son interlocuteur, le médecin radiologue Bill Leslie, l’informe à point d’heure que l’analyse d’une base de données des radios de plus de 40’000 patients confirme que sa technologie améliore drastiquement l’analyse du risque de fractures dues à l’ostéoporose. Puisque des médicaments existent, cette avancée offre la perspective de mieux prévenir les accidents.

Depuis son siège au style très Silicon Valley, Didier Hans mène ce qui est probablement la première success story de la médecine numérique à Genève. Son premier produit est déjà largement commercialisé. Le groupe Medimaps dégage un chiffre d’affaires de 10 millions de francs suisses et emploie environ 70 personnes dont 55 à Genève.

Vingt-cinq personnes vont s’y ajouter prochainement, avec l’intégration des équipes de Radiobotics, une société spécialisée dans l’intelligence artificielle basée à Copenhague, au Danemark, que Medimaps vient d’acquérir. L’opération doit permettre au groupe genevois d’élargir ses compétences en IA et d’accélérer le développement de ses solutions en médecine numérique, tout en consolidant sa croissance entre Genève et l’international.

Une maladie silencieuse

Medimaps n’est donc plus vraiment une start-up, c’est désormais une PME high-tech. Elle a dégagé des bénéfices en 2017 mais depuis lors, tous les bénéfices sont réinvestis dans l’intelligence artificielle, dans l’objectif de conforter sa place de leader dans la détection de l’ostéoporose. Pour cela, après avoir levé 36 millions de francs, elle en cherche actuellement 12 de plus. Il faut dire que la détection de l’ostéoporose, une maladie osseuse silencieuse, sans signes ni symptômes visibles jusqu'à la survenue d'une fracture, est un marché gigantesque.

Medimaps emploie 55 personnes à Genève. | Medimaps

Dans le monde, on dénombre une fracture ostéoporotique majeure (c’est-à-dire de la colonne, de la hanche, de l’avant-bras ou de l'humérus) toutes les trois secondes. «Si vous prenez toutes les fractures ostéoporotiques, c'est même une par seconde », explique Didier Hans. Physicien de formation, le patron de Medimaps a fait une carrière de chercheur en imagerie médicale. Formé à l'hôpital Édouard Herriot de Lyon puis à l’Université de Californie à San Francisco, il a exercé pendant dix ans aux Hôpitaux universitaires de Genève avant de diriger le centre interdisciplinaire des maladies osseuses du CHUV, à Lausanne.

Les fractures ostéoporotiques n’ont rien à voir avec celles que l’on peut se faire en tombant à vélo ou lors d’un match de foot. La dégradation progressive et systémique du squelette chez les personnes souffrant d’ostéoporose se caractérise par la diminution de la masse osseuse et la détérioration de la microarchitecture du tissu osseux. C’est cette fragilité qui aboutit principalement aux fractures, avec un risque en vie entière qui, passé 50 ans, atteint 51% pour les femmes et 20% pour les hommes en Suisse.

Cette double définition de l’ostéoporose – perte de la masse osseuse et détérioration de la microarchitecture des os – est cruciale pour comprendre les innovations numériques que développe et commercialise Medimaps. «Cette définition a été adoptée il y a plus de 30 ans par l’Organisation mondiale de la santé» , explique Didier Hans. «Mais le problème est demeuré, car si l’on sait très bien mesurer la perte de densité osseuse avec les rayons X, en routine clinique nous étions toujours aveugles en ce qui concerne la microarchitecture osseuse.»

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